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meurs tumultueuses avertirent la nouvelle Sémiramis de respecter la majesté d’un camp romain. Après une campagne malheureuse, l’empereur laissa dans les quartiers d’hiver de la Thrace une armée mal affectionnée et commandée par ses ennemis : leur éloquence artificieuse persuada aux soldats de s’affranchir de l’empire des eunuques, de dégrader le mari de Procopia, et de rétablir le droit de l’élection militaire. Ils marchèrent vers la capitale ; cependant le clergé, le sénat et le peuple de Constantinople soutenaient la cause de Michel, et les troupes et les trésors de l’Asie pouvaient l’aider à prolonger les calamités d’une guerre civile ; mais Michel, par un sentiment d’humanité que les ambitieux nommeront faiblesse, protesta qu’il ne laisserait pas verser pour sa querelle une goutte de sang chrétien, et ses députés offrirent aux troupes arrivées de la Thrace les clefs de la ville et du palais. Son innocence et sa soumission les désarmèrent, on n’attenta point a sa vie, on ne lui creva point les yeux ; Michel entra dans un monastère, où, après avoir été dépouillé de la pourpre et séparé de sa femme, il jouit plus de trente-deux ans des consolations de la solitude et de la religion.

Léon V, l’Arménien. A. D. 813. Juillet 11.

On a dit que sous le règne de Nicéphore, un rebelle, le célèbre et infortuné Bardane, avait eu la curiosité de consulter un prophète d’Asie, qui, après lui avoir annoncé la chute du tyran, l’avertit de la fortune que feraient un jour Léon l’Arménien, Michel de Phrygie et Thomas de Cappadoce, ses trois prin-