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primogéniture les excluait du trône ; l’injustice de leur frère aîné les avait privés d’un legs d’environ deux millions sterling ; ils ne crurent pas que de vains titres pussent être regardés comme une compensation de la richesse et du pouvoir ; et ils conspirèrent à diverses reprises contre leur neveu, soit avant, soit depuis la mort de son père. On leur pardonna la première fois ; à la seconde, on les condamna à embrasser l’état ecclésiastique ; à la troisième trahison, Nicéphore, l’aîné et le plus coupable, eut les yeux crevés ; et ce qu’on regardait comme un châtiment plus doux, on coupa la langue à Christophe, à Nicétas, à Anthemeus et à Eudoxas, ses quatre frères. Après cinq ans de prison, ils s’échappèrent, se réfugièrent dans l’église de Sainte-Sophie, et y offrirent au peuple un spectacle touchant. « Chrétiens, mes compatriotes, s’écria Nicéphore en son nom et en celui de ses frères privés de la parole, voyez les fils de votre empereur, si toutefois vous pouvez les reconnaître dans cet affreux état. La vie, et quelle vie ! voilà tout ce que la cruauté de nos ennemis nous a laissé ; on la menace aujourd’hui cette misérable vie, et nous venons implorer votre compassion. » Le murmure qui commençait à s’élever dans l’assemblée se serait terminé par une révolution, si ces premiers mouvemens n’eussent été contenus par la présence d’un ministre qui, par des flatteries et des promesses, vint à bout d’adoucir ces princes infortunés et de les conduire de l’église au palais. On ne tarda pas à les embarquer pour la Grèce, et on