Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/170

Cette page a été validée par deux contributeurs.


contre les habitans de Cherson, qui avaient insulté à son exil et enfreint les lois de l’hospitalité, que se dirigèrent les efforts de son implacable haine. Comme leur position éloignée leur laissait quelques moyens de défense ou du moins d’évasion, Constantinople fut chargée d’un impôt qui devait payer les frais d’une escadre et d’une armée levée contre eux : « Ils sont tous coupables et ils doivent tous périr, » tel fut l’ordre de Justinien ; il chargea de l’exécution de ce sanguinaire arrêt Étienne, son favori, recommandé près de lui par son surnom de Sauvage. Cependant le sauvage Étienne ne remplit qu’imparfaitement les intentions de son souverain. La lenteur de ses attaques permit à la plus grande partie des habitans de se retirer dans l’intérieur du pays, et le ministre des vengeances du prince se contenta de réduire en servitude les jeunes gens des deux sexes, de brûler vifs sept des principaux citoyens, d’en jeter vingt dans la mer, et d’en réserver quarante-deux qui devaient recevoir leur condamnation de la bouche de Justinien. Au retour d’Étienne, son escadre échoua sur les rochers qui hérissent les côtes de l’Anatolie, et Justinien applaudit à l’obéissance de l’Euxin, qui avait enveloppé dans un même naufrage tant de milliers de ses sujets et de ses ennemis ; cependant, altéré de sang, le tyran ordonna une seconde expédition pour anéantir les restes de la colonie qu’il avait proscrite. Dans ce court intervalle, les Chersonites étaient revenus dans leur ville et se préparaient à mourir les armes à la main ; le khan des Chozares