Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/163

Cette page a été validée par deux contributeurs.


zance : l’aîné avait été revêtu de la pourpre dès son enfance. Lorsqu’il leur ordonna de venir le trouver en Sicile, les Grecs, voulant garder ces otages précieux, répondirent que c’étaient les enfans de l’état, et qu’on ne les laisserait pas partir. La nouvelle de sa mort arriva avec une rapidité extraordinaire de Syracuse à Constantinople, et Constantin, l’aîné de ses fils, hérita de son trône sans hériter de la haine publique. Ses sujets concoururent avec zèle et avec ardeur au châtiment de la province qui avait usurpé les droits du sénat et du peuple ; le jeune empereur sortit de l’Hellespont à la tête d’une escadre nombreuse, et réunit sous ses drapeaux, dans le havre de Syracuse, les légions de Rome et celles de Carthage. La défaite de l’empereur proclamé par les Siciliens était facile, et sa mort était juste ; sa belle tête fut exposée dans l’Hippodrome ; mais je ne puis applaudir à la clémence d’un prince qui, dans la foule de ses victimes, comprit le fils d’un patricien, coupable seulement d’avoir déploré avec amertume l’exécution d’un père vertueux. Ce jeune homme, qu’on appelait Germanus, subit une mutilation déshonorante : il survécut à cette cruelle opération, et son élévation subséquente au rang de patriarche et de saint a conservé le souvenir de l’indécente cruauté de l’empereur. Constantin, après de si sanglans sacrifices offerts aux mânes de son père, revint dans sa capitale, et sa barbe ayant paru durant son voyage de Sicile, cette circonstance fut annoncée à l’univers par le surnom familier de Pogonat. La dis-