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mort, [Héracléonas. A. D. 641. Mai 25.]et s’empara du gouvernement au nom d’Héracléonas ; mais tout le monde abhorrait l’incestueuse veuve d’Héraclius ; elle excitait les soupçons du peuple, et les deux orphelins qu’avait laissés Constantin devinrent les objets de la sollicitude publique. En vain le fils de Martina, âgé seulement de quinze ans, instruit par sa mère, déclara qu’il servirait de tuteur à ses neveux, dont l’un avait été tenu par lui sur les fonts de baptême ; en vain il jura sur la vraie croix de les défendre contre tous leurs ennemis. Peu de momens avant sa mort le dernier empereur avait fait partir un serviteur fidèle pour armer les troupes et les provinces de l’Orient en faveur des orphelins qu’il laissait en des mains si suspectes : l’éloquence et la libéralité de Valentin lui avaient assuré un plein succès ; de son camp de Chalcédoine il osa demander qu’on punît les assassins, et qu’on rétablît sur le trône l’héritier légitime. La licence des soldats qui saccageaient les vignes et buvaient le vin des domaines d’Asie appartenant aux habitans de Constantinople, excita ceux-ci contre les auteurs de leurs maux, et on entendit retentir l’église de Sainte-Sophie, non pas d’hymnes et de prières, mais des clameurs et des imprécations d’une multitude furieuse. Héracléonas, appelé par des cris impérieux, se montra en chaire avec l’aîné des deux orphelins ; Constans seul fut proclamé empereur des Romains ; et on plaça, sur sa tête, avec la bénédiction solennelle du patriarche, une couronne d’or qu’on avait prise sur le tombeau d’Héraclius ; mais dans le tumulte de la joie et de