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ses serviles melchites, personne ne voulut le saluer en qualité d’homme, de chrétien ou d’évêque ; mais tel est l’aveuglement de l’ambition, qu’ayant été chassé sur une accusation de meurtre, il offrit quatorze cents marcs d’or pour remonter à cette place, où il ne recueillit que de la haine et des affronts. [Apollinaire. A. D. 551.]Apollinaire, son successeur, entra dans Alexandrie avec un cortége militaire, et préparé également à la prière et au combat. Il distribua ses troupes en armes dans toutes les rues ; des gardes furent placées aux portes de la cathédrale, et une bande d’élite fut postée au milieu du chœur pour défendre la personne de son chef. Apollinaire se tenait debout sur son siége ; et ôtant son habit de guerrier, il se montra tout à coup aux yeux de la multitude, avec la robe de patriarche d’Alexandrie. L’étonnement produisit un moment de silence ; mais dès qu’Apollinaire eut commencé la lecture du tome de saint Léon, des imprécations, des invectives et des pierres assaillirent cet odieux ministre de l’empereur et du synode. Le successeur des apôtres ordonna l’attaque sur-le-champ ; on dit que les soldats marchaient dans le sang jusqu’au genou, et qu’il y eut deux cent mille chrétiens d’égorgés : calcul incroyable, quand on l’appliquerait, non pas à une journée, mais aux dix-huit années du pontificat d’Apollinaire. [Eulogius. A. D. 580.]Les deux patriarches qui lui succédèrent, Eulogius[1] et

  1. Eulogius, qui avait été moine à Antioche, était plus remarquable par ses subtilités que par son éloquence. Il