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couronne du martyre au turban de Mahomet ; ils détestent pieusement l’erreur et l’idolâtrie des Grecs, et il n’y a pas plus de vérité dans leur union passagère avec les Latins, que dans ce compte de mille évêques amenés par leur patriarche aux pieds du pontife de Rome[1]. Le catholique ou patriarche des Arméniens réside au monastère d’Ekmiasin, à trois lieues d’Érivan. Il ordonne quarante-sept archevêques, chacun desquels a quatre ou cinq suffragans ; mais ce ne sont pour la plupart que des prélats titulaires qui relèvent la simplicité de sa cour par leur présence et leur service. Aussitôt qu’ils ont rempli leurs fonctions ecclésiastiques, ils s’occupent de la culture de leur jardin ; et nos évêques apprendront avec surprise que l’austérité de leur vie augmente en proportion de l’élévation de leur rang. Dans les quatre-vingt mille villes ou villages de cet empire spirituel, le patriarche reçoit, de chaque personne âgée de plus de quinze ans, une taxe peu considérable et volontaire ; mais les six cent mille écus qu’il en retire chaque année, ne suffisent pas aux besoins continuels des pauvres et aux tributs qu’exigent les pachas. Depuis le commencement du dernier siècle, les Arméniens ont obtenu une portion considérable et lucrative du commerce de l’Orient. À leur retour

  1. Voyez un fait remarquable du douzième siècle dans l’histoire de Nicétas Choniates, p. 258. Cependant trois siècles auparavant, Photius (epist., 2, p. 49, édit. Montacul) s’était glorifié de la conversion des Arméniens Λατρενει σημερον ορθοδοξως.