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donna lieu à la malheureuse question d’une volonté ou d’une opération dans les deux natures de Jésus-Christ. L’empereur Héraclius, leur prosélyte, repoussé en qualité de maronite des murs de la ville d’Émèse, trouva un asile dans le monastère de ses frères, et récompensa leurs leçons de théologie par le don d’un vaste et riche domaine. Le nom et la doctrine de cette respectable école se répandirent parmi les Grecs et les Syriens ; et on peut juger de leur zèle par la résolution de Macaire, patriarche d’Antioche, qui déclara, devant le concile de Constantinople, qu’il se laisserait couper en morceaux et jeter dans la mer, plutôt que de reconnaître deux volontés en Jésus-Christ[1]. Une persécution de cette espèce, ou, une autre plus modérée, ne tarda pas à convertir les sujets de la plaine, tandis que la robuste peuplade du mont Liban se glorifiait du titre de mardaïtes ou de rebelles[2]. Jean Maron, l’un des moines les plus savans et les plus chéris du peuple, s’ar-

  1. Concil., t. VII, p. 780. Constantin, prêtre syrien d’Apamée, défendit la cause des monothélites avec intrépidité et avec esprit (p. 1040, etc.),
  2. Théophane (Chron., p. 295, 296, 300, 302, 306) et Cedrenus (437-440) racontent les exploits des mardaïtes ; le nom mard, qui en syriaque signifie rebellavit, est expliqué par La Roque (Voyage de la Syrie, t. II, p. 53) ; les dates sont fixées par Pagi (A. D. 676, nos 4-14 ; A. D. 685, nos 3, 4), et même l’obscure histoire du patriarche Jean Maron (Assemani, Bibl. orient., t. I, p. 496-520) éclaircit les troubles du mont Liban, depuis l’année 686 jusqu’à l’année 707.