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milieu de cette détresse, la faction expirante réveillée se réunit et se perpétua par les soins d’un moine ; et le nom de Jacques Baradée[1] s’est conservé dans la dénomination commune de jacobite, qui peut effaroucher l’oreille d’un Anglais. Il reçut des saints évêques emprisonnés à Constantinople les pouvoirs d’évêque d’Édesse et d’apôtre de l’Orient, et de cette source inépuisable est sortie l’ordination de plus de quatre-vingt mille évêques, prêtres ou diacres. Les plus agiles dromadaires d’un dévot chef des Arabes secondaient, par leurs courses rapides, l’ardeur du zélé missionnaire. La doctrine et la discipline des jacobites s’établirent secrètement dans les domaines de Justinien, et il était du devoir de tout jacobite de violer ses lois et de détester le législateur. Cachés dans les couvens et les villages ; obligés, pour sauver leurs têtes proscrites, de chercher un asile dans les cavernes des ermites ou les tentes des Sarrasins, les successeurs de Sévère soutenaient toujours, ainsi qu’ils le soutiennent encore aujourd’hui, leur droit au titre, au rang et aux prérogatives de patriarche d’Antioche. Sous le joug plus doux des

  1. Les traits de l’obscure histoire de Jacques Baradée ou Zanzalus, se trouvent épars dans Eutychius (Annal., t. II, p. 144-147), dans Renaudot (Hist. patriarch. Alex., p. 133) et dans Assemani (Bibl. orient., t. I, p. 424 ; t. II, p. 62-69, 324-332, 414 ; t. III, p. 385-388). Il paraît n’avoir pas été connu des Grecs : les jacobites eux-mêmes aimaient mieux tirer leur nom et leur généalogie de l’apôtre saint Jacques.