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tement recommandé aux Grecs et aux Latins, et les mariages avoués et réitérés des prêtres, des évêques et du patriarche lui-même, augmentèrent sensiblement le nombre des élus. Des myriades de fugitifs arrivèrent de toutes les provinces de l’empire d’Orient dans ce pays, l’asile de la liberté naturelle et religieuse. L’étroite dévotion de Justinien fut punie par l’émigration de ses sujets les plus industrieux ; ils portèrent en Perse les arts de la guerre et de la paix, et un monarque habile éleva aux emplois ceux que leur mérite recommandait à sa faveur. Ceux de ces malheureux sectaires qui, inconnus, avaient continué de vivre dans leurs villes natales, aidèrent de leurs conseils, de leurs bras et de leur argent, les armes de Nushirwan et les armes plus redoutables encore de son petit-fils ; ils obtinrent pour récompense de leur zèle les églises des catholiques ; mais lorsque Héraclius eut reconquis ces villes et ces églises, désormais connus comme rebelles et hérétiques, ils n’eurent plus de refuge que dans les états de leur allié. Cependant la tranquillité apparente des Nestoriens courut bien des dangers et fut troublée quelquefois. Ils partagèrent les maux, suite nécessaire du despotisme oriental. Leur inimitié pour Rome ne suffit pas toujours pour expier leur attachement à l’Évangile ; et une colonie de trois cent mille jacobites, faits prisonniers à Apamée et à Antioche, eut la permission d’élever ses autels ennemis à la vue du catholique et sous l’influence protectrice de la cour. Justinien inséra dans son dernier traité