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leurs ancêtres ; et les chrétiens de l’Égypte et de la Syrie, qui rejettent la religion des Arabes, en ont adopté la langue. Le temps a secondé les artifices des prêtres, et en Orient, ainsi qu’en Occident, c’est dans une langue morte, ignorée du plus grand nombre des fidèles, qu’on s’adresse à la Divinité.

Les nestoriens.

I. L’hérésie de l’infortuné Nestorius fut promptement oubliée dans la province qui lui avait donné le jour, et même dans son diocèse. Les évêques d’Orient qu’on avait vus, au concile d’Éphèse, attaquer à découvert l’arrogance de saint Cyrille, s’adoucirent lorsque le prélat abandonna par la suite quelques-unes de ses propositions. Ces évêques ou leurs successeurs signèrent, non sans murmures, les décrets du concile de Chalcédoine. La puissance des monophysites réconcilia les nestoriens avec les catholiques, et réunit les deux partis dans les mêmes haines, les mêmes intérêts et insensiblement dans les mêmes dogmes ; ce fut dans la dispute des trois chapitres qu’ils poussèrent à regret leur dernier soupir. Des lois pénales écrasèrent ceux de leurs frères qui, moins modérés ou plus sincères, ne voulurent point faire cause commune avec les catholiques ; et dès le temps de Justinien, il était difficile de trouver une église de nestoriens dans les limites de l’Empire. Ils avaient découvert au-delà de ces limites un nouveau monde, où ils pouvaient espérer la liberté et aspirer à des conquêtes. Malgré la résistance des mages, le christianisme avait jeté en Perse de profondes racines, et les nations de l’Orient reposaient sous