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et même leurs sens, se laissaient frapper des illusions que leur présentait un fanatisme en démence ; et l’ermite que le sommeil surprenait malgré lui, tandis qu’il récitait ses prières nocturnes, croyait souvent avoir vu depuis son réveil les fantômes horribles ou séduisans qui lui étaient apparus en songe[1].

Les cénobites et les anachorètes.

On distinguait les moines en deux espèces : les cénobites qui suivaient en communauté la même règle, et les anachorètes qui vivaient seuls et suivaient librement l’impulsion de leur fanatisme[2]. Les plus dévots ou les plus ambitieux renonçaient aux couvens comme au monde. Les fervens monastères de l’Égypte, de la Palestine et de la Syrie étaient environnés d’une laura[3], d’un certain nombre de

  1. Voyez les septième et huitième Conférences de Cassien, qui examine gravement pourquoi les démons sont moins nombreux et moins malfaisans que du temps de saint Antoine. L’Index de Rosweyde, vita Patrum, indique un grand nombre de scènes infernales. Les diables étaient toujours plus à craindre quand ils paraissaient sous la forme d’une femme.
  2. Pour la distinction des cénobites et des ermites, principalement en Égypte, voyez saint Jérôme (t. I, p. 45, ad Rusticum) ; le premier Dialogue de Sulpice-Sévère ; Rufin (c. 22, in vit. Patrum, l. II, p. 478) ; Pallad. (c. 7, 69, in vit. Patr., l. VIII, p. 712-758) ; et, par-dessus tout, les dix-huitième et dix-neuvième Conférences de Cassien. Ces écrivains, en comparant la vie des moines réunis en communauté et celle du solitaire, découvrent l’abus et le danger de la dernière.
  3. Suicer., Thesaur. eccles., l. II, p. 205, 218. Thomassin (Discipl. de l’Église, t. I, p. 1501, 1502) donne