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acclamations générales du peuple et du clergé, l’impératrice ne se dissimula pas le désavantage auquel les préjugés exposent son sexe, et résolut de prévenir les murmures par le choix d’un collègue qui respectât toujours la chasteté et la supériorité de son épouse. [Marcien succède au trône de Théodose le 25 août.]Elle donna sa main à Marcien, sénateur de Théodose âgé d’environ soixante ans, et avec le nom de son mari, il reçut le don de la pourpre impériale. Le zèle de Marcien pour la foi orthodoxe, telle qu’elle était établie par le concile de Chalcédoine, aurait suffi pour enflammer la reconnaissance et obtenir les applaudissemens des catholiques ; mais la conduite de sa vie privée et celle qu’il tint ensuite sur le trône, font présumer qu’il possédait le courage et le génie nécessaires pour ranimer un empire presque anéanti par la faiblesse successive de ses monarques héréditaires. Né dans la Thrace, et élevé dans la profession des armes, Marcien avait éprouvé dans sa jeunesse les maux cuisans de l’infortune et de la pauvreté ; et toutes ses ressources, en arrivant à Constantinople, consistaient en deux cents pièces d’or que lui avait prêtées un ami. Il passa dix-neuf ans au service domestique et militaire d’Aspar et de son fils Ardaburius, suivit ces généraux puissans dans les guerres de Perse et d’Afrique, et obtint par leur protection l’honorable rang de tribun et de sénateur. Son mérite le fit estimer de ses patrons ; et la mo-

    ritiâ interemptus est. Elle abandonna l’eunuque à la pieuse vengeance d’un fils dont le père avait été la victime des intrigues de ce ministre.