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protégèrent Théodose, sa cour et ses timides habitans. Cependant ils avaient été ébranlés récemment par un tremblement de terre ; et la chute de cinquante huit tours présentait une brèche effrayante. On répara promptement le dommage ; mais les terreurs de la superstition donnèrent encore plus d’importance à cet accident ; le peuple imagina que le ciel conspirait à livrer la ville impériale aux pâtres de la Scythie, qui ne connaissaient ni les lois, ni le langage, ni la religion des Romains[1].

Guerre des Scythes ou Tartares.

Dans toutes les invasions qui ont désolé les empires civilises du Midi, les pâtres de la Scythie ont été généralement dirigés par un sauvage esprit de destruction. Les lois de la guerre, qui s’opposent entre les nations au meurtre et aux brigandages, sont fondées sur deux principes d’intérêt personnel : la connaissance des avantages permanens que l’on peut tirer de la conquête, en faisant un usage modéré de la victoire, et la juste appréhension que l’ennemi n’use de représailles lorsqu’il en trouvera l’occasion ; mais ces considérations de crainte et d’espérance étaient

    tione vastatæ. Le langage du comte Marcellin est encore plus expressif : Pene totam Europam, invasis excisisque civitatibus atque castellis, conrasit.

  1. Tillemont (Hist. des emper., t. VI, p. 106, 107) parle beaucoup de ce tremblement de terre qui se fit sentir depuis Constantinople jusqu’à Antioche et à Alexandrie, et qui a été attesté par tous les écrivains ecclésiastiques. Dans les mains d’un prédicateur un tremblement de terre est un ressort d’un effet admirable.