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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/254

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miraculeuse, attribuée par l’artifice et par la crédulité à la Vierge, mère de Gengis, l’élevait au-dessus du reste des mortels ; et le prophète sauvage et nu qui vint lui donner l’empire de la terre au nom de la Divinité, inspira aux Mongoux un enthousiasme irrésistible[1]. Attila employa des supercheries religieuses aussi adroitement adaptées à l’esprit de son siècle et de son pays. Il était assez naturel que les Scythes eussent une vénération de préférence pour le dieu des combats ; mais, également incapables de s’en former une idée abstraite ou une représentation figurée, ils adoraient leur divinité tutélaire sous le symbole d’un cimeterre[2]. Un pâtre des Huns ayant aperçu qu’une de ses génisses s’était blessée au pied, suivit avec attention la trace du sang, et [Il découvre l’épée de Mars.]découvrit, à travers les herbes, la pointe d’une ancienne épée qu’il tira de terre et qu’il offrit à Attila. Ce prince

  1. Abulpharag., Dynast., vers. Pocock., p. 281 ; Hist. généalogique des Tartares, par Abulghazi-Bahader-Khan, part. III, c. 15 ; part. IV, c. 3 ; Vie de Gengiskan, par Petis de La Croix, l. I, c. 1, 6. Les relations des Missionnaires qui ont visité la Tartarie dans le treizième siècle (voyez le septième volume de l’Hist. des Voyages), peignent l’opinion et le langage du peuple ; Gengis y est appelé le fils de Dieu.
  2. Nec templum apud eos visitur, aut delubrum, ne tugurium quidem culmo tectum cerni usquam potest ; sed gladius barbarico ritû humi figitur nudus, eumque ut Martem regionium quas circumcircant præsulem verecundiùs colunt. Ammien-Marcellin, XXXI, 2 ; et les Notes savantes de Lindenbrog.