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Siége d’Hippone. A. D. 430.

Le cœur généreux du comte Boniface était déchiré du spectacle douloureux des maux quil avait causés et dont il ne pouvait plus arrêter les rapides progrès. Après sa défaite, il se retira dans la ville d’Hippo-Regius, où il fut immédiatement assiégé par les vainqueurs, qui le regardaient comme le véritable rempart de l’Afrique. La colonie d’Hippo ou Hippone[1], éloignée d’environ deux cents milles à l’occident de Carthage, avait dû le surnom de Regius à la résidence des rois de Numidie ; et la ville d’Afrique, actuellement connue sous la dénomination corrompue de Bonne, conserve encore quelques restes du commerce et de la population d’Hippone. La conservation édifiante de saint Augustin[2] adoucissait les chagrins de son ami Boniface, et l’encourageait

  1. Voyez Cellarius, Géogr. antiq., t. II, part. II, p. 112 ; Léon l’Africain, in Ramusio, tom. I, fol. 70 ; l’Afrique de Marmol, t. II, p. 434-437 ; les Voyages de Shaw, p. 46, 47. L’ancien Hippo-Regius fut totalement détruit par les Arabes dans le septième siècle ; mais avec ses matériaux on bâtit une nouvelle ville à la distance de deux milles de l’ancienne ; et elle contenait dans le seizième siècle environ trois cents familles de manufacturiers industrieux, mais très-turbulens. Le territoire voisin est renommé pour la pureté de l’air, la fertilité du sol et l’abondance des fruits exquis.
  2. La Vie de saint Augustin par Tillemont remplit un volume in-4o. (Mém. ecclés., t. XIII) de plus de mille pages. L’activité laborieuse de ce savant janséniste était animée dans cette occasion par le zèle religieux que devait lui inspirer l’esprit de parti en faveur du fondateur de la secte.