Ouvrir le menu principal

Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/229

Cette page a été validée par deux contributeurs.


la tête de ses vétérans et de quelques levées faites a la hâte, fut défait dans une bataille, où il éprouva une perte considérable. Les Barbares victorieux se répandirent dans le pays découvert, et Carthage, Hippo-Regius et Cyrta furent les seules villes qu’on vit se conserver intactes au milieu de l’inondation.

Désolation de l’Afrique.

L’espace étroit qui s’étend le long de la côte d’Afrique était couvert des monumens de l’art et de la magnificence des Romains, et l’on pouvait calculer avec justesse le degré de la civilisation d’un canton par la distance où il se trouvait de Carthage et de la Méditerranée. Une simple réflexion suffira pour donner au lecteur une idée de la culture et de la fertilité de cette province. Le pays était très-peuplé ; les habitans se réservaient une subsistance abondante, et ils exportaient tous les ans une si grande quantité de grains, et particulièrement de froment, que l’Afrique mérita le surnom de grenier de Rome et de l’univers. En un instant l’armée des Vandales couvrit les sept fertiles provinces qui s’étendent depuis Tanger jusqu’à Tripoli. Peut-être leurs ravages ont-ils été exagérés par le zèle religieux, le ressentiment populaire et l’extravagance des déclamations ; mais si la guerre même la plus loyale entraîne inévitablement la violation presque continuelle de la justice et de l’humanité, on peut penser quelles doivent être les hostilités d’un peuple barbare, toujours accompagnées des fureurs de ce caractère ingouvernable, qui, même dans les temps de paix, trouble continuellement l’intérieur de leur société. Les Van-