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étendit son attention pastorale aux missions de Perse et de Scythie ; négocia, par des ambassadeurs, avec le pontife romain et avec l’empereur Honorius, et appela d’un synode partial au tribunal suprême d’un concile libre et général. Le génie de cet illustre exilé conservait son indépendance ; mais son corps était à la merci de ses persécuteurs, qui ne cessaient point d’exercer leur vengeance en abusant du nom et de l’autorité d’Arcadius[1]. On expédia un nouvel ordre de transférer sans délai saint Chrysostôme au fond du désert de Pytius ; et ses gardes obéirent si fidèlement à leurs cruelles instructions, qu’avant d’atteindre la côte de l’Euxin, [Sa mort. A. D. 407. Sept. 24.]il mourut à Comana, ville du Pont, dans la soixantième année de son âge. La génération suivante reconnut son mérite et son innocence. La fermeté du pontife romain disposa les archevêques de l’Orient, honteux sans doute d’avoir succédé aux ennemis de saint Chrysostôme, à réhabiliter la mémoire de ce nom vénérable[2]. Trente ans après la

  1. Après l’exil de saint Chrysostôme, Théophile publia contre lui un volume énorme et horrible, dans lequel il répète souvent les douces expressions de hostem humanitatis, sacrilegorum principem, immundum dæmonem. Il assure que saint Jean Chrysostôme a prostitué son âme au diable, et il souhaite qu’on lui inflige quelque nouveau châtiment, qui égale, s’il est possible, l’horreur de ses crimes. Saint Jérôme, à la requête de son ami Théophile, traduisit du grec en latin cet ouvrage édifiant. Voy. Facundus Hermian, Defens. pro 3 Capitul., l. VI, c. 5, publié par Sirmond, opera, t. II, p. 595, 596, 597.
  2. Son nom fut inséré par son successeur Atticus, dans