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les ennemis, que Julien proposa de différer la bataille jusqu’au lendemain, pour donner le temps aux soldats de réparer, par la nourriture et le repos, leurs forces épuisées. Cédant néanmoins avec répugnance à leurs clameurs et même à l’avis de son conseil, il exhorta ses troupes à justifier par leur valeur l’indocilité de leur impatience, qui, si elles étaient vaincues, passerait pour de l’imprudence et de la présomption. Les trompettes sonnèrent, le cri de guerre fit retentir la plaine, et les deux armées s’élancèrent l’une contre l’autre avec une égale impétuosité. Le César, qui conduisait lui-même l’aile droite, avait mis sa confiance dans l’adresse de ses archers, et dans la force massive de ses cuirassiers ; mais ses rangs furent rompus par un mélange confus de cavalerie et d’infanterie légère, et il eut la douleur de voir fuir six cents de ses meilleurs cuirassiers[1]. Julien, oubliant le soin de sa propre vie, se jeta au-devant d’eux, et, en leur rappelant leur ancienne gloire, en leur peignant l’infamie dont ils allaient se couvrir, il parvint à les rallier et à les ramener contre les ennemis victorieux. Le combat entre les deux lignes d’infanterie était sanglant et obstiné. Les Germains avaient la supériorité de la force et de la taille ; les Romains, celui de la discipline et du sang--

  1. Après la bataille, Julien essaya de rétablir l’ancienne discipline dans toute sa rigueur, en exposant les fuyards aux risées du camp, habillés en femmes. Ces troupes relevèrent noblement leur honneur dans la campagne suivante. Zosime, l. III, p. 142.