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térans qui reprirent les armes pour défendre leurs foyers. En partant d’Autun pour traverser les provinces gauloises, Julien saisit la première occasion de signaler son courage. À la tête d’un petit corps d’archers et de cavalerie pesante, il choisit de deux routes la plus courte, mais la plus dangereuse, et tantôt en évitant, tantôt en repoussant les Barbares qui étaient maîtres de la campagne, il atteignit, après une marche honorable autant qu’heureuse, le camp près de Reims, où les troupes avaient ordre de s’assembler. La présence du jeune prince ranima le courage expirant des soldats, et ils marchèrent de Reims à la poursuite de l’ennemi avec une confiance qui pensa leur être fatale. Les Allemands, qui connaissaient parfaitement le pays, rassemblèrent leurs forces dispersées ; et, profitant d’une nuit obscure et pluvieuse, attaquèrent avec impétuosité l’arrière-garde des Romains. Avant d’avoir pu réparer le désordre inévitable dans cette surprise, Julien perdit deux légions, qui furent taillées en pièces ; et il apprit, par sa propre expérience, que la vigilance et la circonspection sont les deux plus importuns préceptes de l’art de la guerre. Une seconde action plus heureuse rétablit et assura sa réputation militaire ; mais comme l’agilité des Barbares les mettait à l’abri de la poursuite, sa victoire ne fut ni sanglante ni décisive. Il s’avança cependant jusqu’aux bords du Rhin, contempla les ruines de Cologne, se convainquit des difficultés de cette guerre, et à l’approche de l’hiver, se retira mécontent de la cour, de son armée, et de ses pro-