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avaient troublé la paix et compromis la sûreté d’un vaste empire ; et ses saillies irrégulières avaient d’autant moins de droits à l’indulgence, qu’on y voyait les laborieux efforts de l’art et même ceux de l’affectation. Son corps fut enterré à Tarse en Cilicie ; mais le vaste tombeau qu’on lui éleva sur les bords du froid et limpide Cydnus[1] ne satisfit pas les fidèles amis que cet homme extraordinaire laissait si pénétrés d’amour et de respect pour sa mémoire. Le philosophe témoignait le désir bien raisonnable de voir le disciple de Platon reposer au milieu des bocages de l’académie[2] ; et le guerrier s’écriait avec hardiesse, qu’on devait placer les cendres de Julien à côté de celles de César, dans le champ de Mars, et parmi les anciens monumens de la valeur romaine[3]. Il est rare que l’histoire des princes donne lieu à de semblables discussions.


FIN DU TOME QUATRIÈME.
  1. Quinte-Curce, l. III, c. 4. On a souvent critiqué le luxe de ses descriptions ; mais l’historien pouvait décrire une rivière dont les eaux avaient manqué d’être si funestes à Alexandre.
  2. Libanius, orat. parental., c. 156, p. 377. Il convient cependant, avec reconnaissance, de la libéralité des deux frères du sang royal, qui décorèrent le tombeau de Julien. (De ulcisc. Jul. nece, c. 7, p. 152.)
  3. Cujus suprema et cineres, si quis tunc justè consuleret, non Cydnus videre deberet, quamvis gratissumus amnis et liquidus : sed ad perpetuandam gloriam rectè factorum præterlambere Tiberis, intersecans urbem æternam, divorumque veterum monumenta præstringens. (Ammien, XXV, 10.)