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quaient de vivres, jetèrent un regard de désespoir sur le fleuve et sur les Barbares, dont le nombre et l’acharnement augmentaient en proportion de la détresse de l’armée impériale[1].

Négociation et traité de paix. Juillet.

Dans cette affreuse situation, des bruits de paix ranimèrent l’espoir des Romains. Quelques momens avaient fait évanouir la présomption de Sapor ; il remarquait avec douleur qu’une suite de combats lui avait enlevé ceux de ses nobles qui se distinguaient le plus par leur fidélité et leur valeur, ses plus braves soldats, et la plus grande partie de ses élépbans. Ce monarque expérimenté craignit de provoquer le désespoir de l’ennemi, les vicissitudes de la fortune, et les forces encore entières de l’Empire romain, qui ne tarderaient peut-être pas à secourir ou à venger le successeur de Julien. Le Surenas lui-même, accompagné d’un autre satrape, arriva au camp de l’empereur[2], et déclara que la clémence de son maître voulait bien annoncer à quelles conditions il

  1. Ammien (XXV, 6), Libanius (orat. parent., c. 146, p. 364) et Zosime (l. III, p. 189, 190, 191) racontent les premières opérations militaires du règne de Jovien. Quoiqu’on doive se défier de la bonne foi de Libanius, le témoignage d’Eutrope, témoin oculaire, uno à Persis atque altero prœlio victus (X, 17), nous dispose à croire qu’Ammien s’est montré trop jaloux de l’honneur des armes romaines.
  2. La vanité nationale a fourni un misérable subterfuge à Sextus-Rufus (De Provinciis, c. 29). Tanta reverentia nominis Romani fuit, dit-il, ut à Persis PRIMUS de pace sermo haberetur.