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frontières de l’empire, supplièrent, dans leur impatience, le nouveau souverain de hasarder le passage du fleuve. Jovien, aidé des plus sages officiers, essaya de combattre leur téméraire projet en leur représentant que s’ils avaient assez d’adresse et de vigueur pour dompter le torrent d’un fleuve rapide et profond, ils ne feraient que se livrer nus et sans défense aux Barbares qui occupaient le rivage opposé. Cédant enfin à leurs importunes clameurs, il permit à cinq cents Gaulois et Germains, accoutumés dès leur enfance aux eaux du Rhin et du Danube, de tenter cette entreprise, dont le résultat devait servir d’encouragement ou d’avertissement au reste de l’armée. Ils traversèrent le Tigre à la nage dans le silence de la nuit ; ils surprirent un poste de l’ennemi, mal gardé, et au point du jour ils arborèrent le signal, preuve de leur courage et de leur succès. Cette épreuve disposa l’empereur à écouter ses ingénieurs, qui promirent de construire, avec des peaux de moutons, de bœufs et de chèvres, cousues et remplies de vent, un pont flottant, qu’ils couvriraient de terre et de fascines[1]. On employa vainement à ce travail deux jours bien importans dans la situation de l’armée ; et les légions, qui déjà man-

  1. On proposa le même expédient lors de la retraite des dix mille ; mais leur chef eut la sagesse de le rejeter. (Xénophon, Retraite des dix mille, l. III, p. 255, 256, 257.) Il paraît, d’après les voyageurs modernes, que des radeaux, flottans sur des vessies, font le commerce et la navigation du Tigre.