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des forces plus considérables soutenaient ces détachemens, et du moment où les colonnes tournèrent vers le Tigre, on vit un nuage de poussière s’élever sur la plaine. Les Romains, qui ne songeaient plus qu’à se retirer à la hâte et sans accident, tâchèrent d’attribuer cette inquiétante apparition à l’approche de quelques troupes d’onagres, ou d’une tribu d’Arabes amis. Ils s’arrêtèrent, dressèrent leurs tentes, fortifièrent leur camp, passèrent la nuit dans de continuelles alarmes, et découvrirent, à la pointe du jour, qu’une armée de Persans les environnait. Cette armée, qui n’était encore que l’avant-garde des Barbares, fut bientôt suivie d’un immense corps de cuirassiers, d’archers et d’éléphans que commandait Meranes, général d’une grande réputation. Il était accompagné de deux fils du roi et des principaux satrapes : la renommée et la crainte exagérèrent la force du reste des troupes, qui s’avançaient lentement sous la conduite de Sapor. Les Romains s’étant remis en marche, leur longue ligne, obligée de se plier ou de se diviser, selon que l’exigeait le terrain, offrit souvent des occasions heureuses à leur vigilant ennemi. Les Perses attaquèrent avec fureur à diverses reprises ; les Romains les repoussèrent toujours avec fermeté ; et au combat de Maronga, qui mérite presque le nom d’une bataille, Sapor perdit un grand nombre de satrapes, et, ce qui avait peut-être à ses yeux le même prix, un grand nombre d’éléphans. Julien, pour obtenir ces succès, perdait à peu près autant de monde que l’ennemi ; plusieurs officiers de dis-