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Conduite personnelle de Julien.

Julien était un objet de terreur et de haine pour les Persans, et les peintres de cette nation le representaient sous l’emblème d’un lion furieux, qui vomit de sa bouche un feu dévorant[1]. Le héros philosophe paraissait sous un jour plus favorable aux yeux de ses amis et de ses soldats, et jamais ses vertus ne se montrèrent mieux que dans cette dernière période, la plus active de sa vie. Il suivait, sans effort et presque sans mérite, les lois de la tempérance et de la sobriété. Fidèle aux principes de cette sagesse raisonnée qui exerce un empire absolu sur l’esprit et le corps, il ne se permettait pas la moindre indulgence pour ses penchans les plus naturels[2]. Dans ces climats dont la chaleur commande aux voluptueux Assyriens la jouissance de tous les plaisirs des sens[3], le jeune conquérant conserva une chasteté pure et sans tache. Ses belles

  1. Libanius, De ulciscendâ Juliani nece, c. 13, p. 162.
  2. Les traits fameux qu’on cite de la continence de Cyrus, d’Alexandre et de Scipion, étaient des actes de justice : celle de Julien fut volontaire, et, dans son opinion, méritoire.
  3. Salluste (ap. vet. Schol. Juven. satir. I, 104) observe que nihil corruptius moribus. Les matrones et les vierges de Babylone étaient mêlées sans pudeur avec les hommes dans des festins licencieux ; à mesure qu’elles éprouvaient l’ivresse du vin et de l’amour, elles se délivraient successivement et presque en entier de la gêne de leurs vêtemens. Ad ultimum ima corporum velamenta projiciunt. (Quinte-Curce, V, I.)