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luxe et l’orgueil d’un monarque d’Orient, embellissait les environs de la capitale de la Perse. Des fleurs, des fontaines, disposées symétriquement selon le goût des Perses, ornaient les jardins places, dans une situation charmante, sur les bords du Tigre ; et de grands parcs, enclos de murs, renfermaient des ours, des lions et des sangliers qu’on entretenait à grands frais pour les plaisirs du roi. Par l’ordre de l’empereur, on abattit les murs de ces parcs, on livra les animaux aux traits des soldats, et on réduisit en cendres les palais de Sapor. Julien ne connaissait pas, ou ne voulut point observer ici ces égards que la prudence et la civilisation ont établis de nos jours entre les ennemis. Au reste, ces inutiles ravages ne doivent pas exciter dans nos cœurs un sentiment bien vif d’indignation ou de pitié : une simple statue, fruit des talens d’un artiste grec, est plus réellement précieuse que ne l’étaient ces monumens grossiers et dispendieux de l’art des Barbares ; et si la ruine d’un palais nous affecte plus que l’incendie d’une chaumière, notre humanité s’est fait une bien fausse idée des vraies misères de la vie humaine[1].

  1. Les opérations de la guerre d’Assyrie sont racontées eu détail par Ammien (XXIV, 2, 3, 4, 5), par Libanius, orat. parent., c. 112-123, p. 335-347), par Zosime (l. III, p. 168-180), et par saint Grégoire de Nazianze (orat. 4, p. 113-144). Tillemont, son fidèle esclave, copie dévotement les critiques du saint sur des points de l’Art de la guerre.