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lois chargés de garder le trône et la personne de leur monarque chéri. Julien disposait en outre d’un corps formidable de Scythes auxiliaires, venus d’un autre climat et presque d’un autre monde, pour envahir un pays éloigné, dont ils avaient ignoré jusqu’alors la position et même le nom. L’amour du pillage et de la guerre avait attiré sous ses drapeaux plusieurs tribus de Sarrasins ou d’Arabes errans, auxquels il avait ordonné de marcher à sa suite en même temps qu’il leur refusait avec indignation les subsides qu’on avait accoutumé de leur payer : une flotte de onze cents navires qui devaient suivre les mouvemens et fournir aux besoins de son armée, remplissait le large canal de l’Euphrate[1]. La force militaire de cette flotte consistait en cinquante galères armées, accompagnées d’un égal nombre de bateaux plats, qu’on pouvait dans l’occasion réunir en forme de pont. Les autres navires construits en bois et recouverts de peaux non préparées, offraient un magasin presque inépuisable d’armes et de machines de

  1. Latissimum flumen Euphratem artabat. (Amm., XXIII, 3.) Un peu plus haut, aux gués de Thapsacus, la largeur de la rivière est de quatre stades ou huit cents verges, c’est-à-dire d’environ un demi-mille d’Angleterre (Xénophon, Retraite des dix milles, l. I, p. 41, édit. de Hutchinson, avec les observations de Forster, p. 29, etc., dans le second volume de la traduction de Spelman). Si la largeur de l’Euphrate à Bir et à Zeugma n’est pas de plus de cent trente verges (Voyages de Niebuhr, t. II, p. 335), cette différence énorme doit venir surtout de la profondeur du canal.