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et pour les princes de Rome qui ont donné des lois à son peuple guerrier, et aux nations de la terre vaincues par ses armes. Les immortels sont placés sur un trône, chacun à leur rang, et la table des Césars est servie au-dessous de la lune, dans la région supérieure de l’air. L’inexorable Némésis précipite dans le Tartare les tyrans indignes de la société des dieux et des hommes. Les autres Césars prennent successivement leurs places ; et à mesure qu’ils s’avancent, le vieux Silène, moraliste jovial qui cache la sagesse d’un philosophe sous le masque d’un suivant de Bacchus, fait des observations malignes sur les vices, les défauts et les taches de leurs différens caractères[1]. À la fin du repas, Mercure déclare, par ordre de Jupiter, qu’une couronne céleste sera la récompense du mérite supérieur. Il s’agit de choisir les candidats, et on désigne surtout Jules César, Auguste, Trajan et Marc-Aurèle ; l’efféminé Constantin[2] n’est pas exclu de cette honorable lice, et l’on exhorte Alexandre à se mêler aux héros romains pour disputer le prix de la gloire. Chacun des candidats a la permission de faire valoir le mérite de ses

  1. Ce caractère mixte de Silène est très-bien peint dans la sixième églogue de Virgile.
  2. Le lecteur impartial doit remarquer et condamner la partialité de Julien contre son oncle Constantin et contre la religion chrétienne. Les commentateurs ont été forcés, dans cette occasion, de démentir, pour un intérêt plus sacré, la fidélité jurée à l’auteur qu’ils commentent, et d’abandonner sa cause.