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entourèrent son tribunal ; et tandis qu’ils semblaient écouter avec respect un discours rempli de douceur et de dignité, un des Barbares lançant en l’air une de ses sandales, cria d’une voix terrible : Marha ! marha ! cri de guerre et d’alerte, qui fut le signal de la plus horrible confusion. Les Barbares s’élancèrent avec violence pour enlever l’empereur. Son trône et son lit d’or furent pillés par leurs mains grossières ; mais la courageuse fidélité de ses gardes, qui reçurent la mort à ses pieds, lui donna le temps d’échapper de cette sanglante mêlée, et de s’éloigner rapidement sur un de ses meilleurs coursiers. Le nombre et la discipline des Romains tirèrent une prompte vengeance de l’affront que leur avait fait essuyer cette trahison ; le combat ne fut terminé que par l’extinction du nom et de la nation des Limigantes. On remit les Sarmates errans en possession de leurs anciennes terres. Constance, quoique leur caractère léger lui inspirât peu de confiance, espéra que le sentiment de la reconnaissance pourrait avoir quelque influence sur leur conduite future ; il avait remarqué la taille avantageuse et la conduite respectueuse de Zizais, un de leurs chefs les plus distingués, et il le fit roi des Sarmates. Zizais prouva par son inviolable attachement pour l’empereur qu’il était digne de son choix ; et Constance, après ce succès, fut surnommé le Sarmatique, aux acclamations de son armée victorieuse[1].

  1. Genti Sarmatarum magno decori considens apud eos regem dedit, Aurelius-Victor. Dans une pompeuse ha-