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Ses protecteurs, qu’il flattait assidûment, lui procurèrent une commission lucrative : on le chargea de fournir aux troupes du porc salé. L’emploi était ignoble ; il le rendit infâme. Il accumula des richesses par les plus vils moyens que puissent inspirer la fraude et la corruption ; et ses malversations devinrent si notoires, qu’il fut forcé de s’enfuir pour échapper aux recherches de la justice. Après cette aventure, dans laquelle il paraît avoir sauvé sa fortune aux dépens de son honneur, George embrassa l’arianisme de bonne foi, ou par hypocrisie. Aimant les lettres, ou affectant un goût qu’il n’avait pas, il rassembla une collection précieuse de livres d’histoire, de rhétorique, de philosophie et de théologie[1], et la faction dominante le porta sur le siége de saint Athanase. L’entrée du nouvel archevêque fut celle d’un conquérant barbare, et la cruauté, l’avarice, souillèrent chaque instant de son règne. Les catholiques d’Alexandrie et de l’Égypte se croyaient abandonnés à

  1. Après le massacre de George, Julien envoya des ordres à plusieurs reprises pour la conservation de sa bibliothéque, qu’il destinait à son usage particulier, et il ordonna de mettre à la torture les esclaves qu’on soupçonnerait d’avoir caché quelques livres. Il donne des éloges à cette collection dont il avait emprunté et fait transcrire plusieurs manuscrits, lorsqu’il étudiait en Cappadoce. Il désirait, il est vrai, que les livres des galiléens fussent anéantis ; mais il voulait une liste exacte des volumes de théologie, de peur qu’on ne confondît des traités précieux avec les ouvrages qui lui semblaient inutiles. (Julien, epist. 9, 36.)