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rage universelle, des cuisiniers les percèrent de leurs broches, des femmes de leurs quenouilles ; qu’enfin, les entrailles des prêtres et des vierges, après avoir souillé la bouche de ces fanatiques sanguinaires, furent mêlées d’orge et jetées aux animaux immondes de la ville[1]. Ces traits de frénésie religieuse présentent la nature humaine sous le jour le plus méprisable et le plus odieux ; mais le massacre d’Alexandrie attire encore plus l’attention, par la certitude du fait, le rang des victimes, et la splendeur de cette capitale de l’Égypte.

George de Cappadoce.

George[2], que l’origine de sa famille et le lieu de son éducation ont fait surnommer de Cappadoce, était né dans l’atelier d’un foulon, à Épiphanie, ville de Cilicie. Les talens d’un parasite l’élevèrent à la fortune, malgré son origine obscure et même servile.

  1. Saint Grégoire de Nazianze, orat. 3, p. 87. Sozomène (l. 5, c. 9) peut être regardé comme un témoin original, quoiqu’il manque d’impartialité. Il était né à Gaza ; il avait connu le confesseur Zeno, évêque de Maiuma, qui vécut jusqu’à cent ans (l. VII, c. 28) ; Philostorg. (l. VII, c. 4, avec les Dissertations de Godefroy, p. 284) ajoute à ce récit quelques circonstances déplorables ; comme la mort de quelques chrétiens, réellement immolés sur les autels des dieux, etc.
  2. Ammien (XXII, 11), saint Grégoire de Nazianze (orat. XXI, p. 382, 385, 389, 390), et Épiphane (Hæres. 76) racontent la vie et la mort de George de Cappadoce. Les invectives des deux saints ne mériteraient pas beaucoup de confiance, si les faits n’étaient confirmés par le récit froid et impartial de l’infidèle.