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prêtre appelé Theodoret. Mais Julien blâma cet arrêt précipité ; il témoigna des regrets sincères ou affectés de ce que le zèle imprudent de ses ministres ternissait l’éclat de son règne par une persécution[1]. Le souverain avait froncé le sourcil ; il n’en fallait pas davantage pour réprimer sur-le-champ le zèle de ses ministres : mais lorsque le père de la patrie se déclare chef d’une faction, il lui devient difficile de contenir la licence de la fureur populaire, il perd même le droit de la punir. Julien, dans un écrit officiel, applaudit à la dévotion et à la fidélité des villes de Syrie, dont les pieux habitans avaient détruit au premier signal les sépulcres des galiléens ; et il se plaint faiblement de ce qu’ils ont vengé les injures des dieux avec moins de modération qu’il ne l’avait recommandé[2]. D’après cet aveu fait à demi et avec tant de peine, on peut croire, ainsi que le disent les historiens ecclésiastiques, que dans les villes de Gaza, d’Ascalon, de Césarée, d’Héliopolis, etc., les païens abusèrent, sans prudence et sans remords, d’un instant de prospérité ; que la mort seule termina les tortures des malheureuses victimes de leur cruauté ; qu’on traîna leurs corps dans les rues ; et que dans la

    terie raconte avec une complaisance superstitieuse. Vie de Julien, p. 362-369.

  1. Outre les historiens ecclésiastiques, tous plus ou moins suspects, nous pouvons citer la passion de saint Théodore, dans les Acta sincera, de Ruinart, p. 591. Les plaintes de Julien lui donnent un air d’authenticité.
  2. Julien, Misopogon, p. 361.