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dissimulait le ressentiment. Le temple de Daphné brûla durant la nuit qui termina cette procession indiscrète ; la statue d’Apollon fut consumée, et il ne resta plus de l’édifice que les murs dépouillés ; monumens effrayans de son désastre. Les chrétiens d’Antioche assurèrent, avec une confiance religieuse, que l’intercession de saint Babylas avait dirigé la foudre sur ce temple odieux. Réduit à l’alternative de supposer un crime ou un miracle, Julien, sans hésiter, sans aucune certitude, mais avec quelque apparence de probabilité, imputa l’incendie à la vengeance des galiléens[1]. [Julien ferme la cathédrale d’Antioche.]Leur délit, s’il avait été suffisamment prouvé, aurait pu justifier les représailles qu’exerça Julien en ordonnant aussitôt la clôture de la cathédrale d’Antioche, et la confiscation de ses richesses. On mit plusieurs ecclésiastiques à la torture, afin de découvrir les auteurs de la sédition, de l’incendie, et ceux qui avaient caché les richesses de l’Église[2] ; et le comte de l’Orient fit décapiter un

  1. Julien (Misopogon, p. 361) insinue leur crime plutôt qu’il ne l’affirme. Ammien (XXII, 13) traite l’imputation de levissimus rumor, et il raconte le fait avec une candeur singulière.
  2. Quo tam atroci casû repente consumpto, ad id usque imperatoris ira provexit, ut quæstiones agitare juberet solito acriores. (Cependant Julien blâme la douceur des magistrats d’Antioche.) Et majorem ecclesiam Antiochiæ claudi. Cette clôture fut accompagnée d’ouvrages et de profanations ; le principal acteur de cette scène, un oncle de Julien, mourut fort à propos sur ces entrefaites, ce que l’abbé de La Blé-