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l’objet de ses désirs ; et le sort de Daphné avertissait les timides jeunes filles du danger d’une réserve hors de saison. Le soldat et le philosophe évitaient sagement les tentations de ce lieu de délices[1], où le plaisir, prenant le caractère de la religion, amollissait peu à peu la fermeté des vertus les plus courageuses. Mais le bocage de Daphné n’en obtint pas moins, durant plusieurs siècles, la vénération des naturels du pays et des étrangers ; la munificence des empereurs augmenta les priviléges attachés à ce terrain sacré ; et chaque génération accrut la splendeur du temple par de nouveaux ornemens[2].

Abandon et profanation du bocage de Daphné.

Lorsque Julien se mit en route pour aller rendre hommage à l’Apollon de Daphné dont on célébrait la fête, sa dévotion se monta au dernier degré de la ferveur. Sa vive imagination entrevoyait déjà toute la pompe des victimes, des libations et des cérémonies du temple ; une longue procession de jeunes garçons et de jeunes filles, revêtus de robes blanches, symbole de leur pureté, et le concours tumultueux d’un peuple innombrable : mais le zèle de la ville

  1. Avidio Cassio Syriacas legiones dedi luxuriâ diffluentes et DAPHNICIS moribus. Ce sont les expressions de l’empereur Marc-Aurèle, dans une lettre originale conservée par son biographe (in Hist. Aug., p. 41). Cassius renvoyait ou punissait tous les soldats qu’on voyait à Daphné.
  2. Aliquantum agrorum Daphnensibus dedit (Pompée) quo lucus ibi spatiosior fieret ; delectatus amænitate loci et aquarum abundantiâ. (Eutrope, VI, 14 ; Sextus-Rufus, De Provinciis, c. 16.)