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cette glorieuse délivrance ; et, vingt ans après, un historien romain, qui mettait peu d’importance aux

    cavités (υπονομους, υπογαια, διωρυχας), formèrent le projet de s’y cacher et d’y rester pendant l’incendie de la ville et jusqu’à ce que les Romains se fussent éloignés. La plupart n’eurent pas le temps de l’exécuter ; mais l’un d’eux, Simon, fils de Giora, s’étant pourvu de vivres et d’outils pour creuser la terre, descendit dans cette retraite avec quelques compagnons : il y resta jusqu’à ce que Titus fût parti pour Rome : la faim le pressant, il sortit tout à coup à l’endroit même où avait été le temple, et parut au milieu des gardes romaines. Il fut arrêté et conduit à Rome en triomphe. Son apparition fit supposer que d’autres Juifs pouvaient avoir choisi le même asile : on fit des recherches, et l’on en découvrit un grand nombre. (Joseph., De bell. jud., l. VII, c. 2.)

    Il est probable que la plupart de ces souterrains étaient des restes du temps de Salomon, où l’on avait coutume de travailler beaucoup sous terre : on ne peut guère leur assigner une autre date. Les Juifs, en revenant de l’exil, étaient trop pauvres pour entreprendre de pareils travaux ; et quoique Hérode, en reconstruisant le temple, ait fait creuser quelques souterrains (Joseph., Antiq. jud., XV, II, 7), la précipitation avec laquelle cette construction fut achevée ne permet pas de croire qu’ils appartinssent tous à cette époque. Les uns étaient des cloaques et des égouts, les autres servaient à receler les immenses trésors que Crassus avait pillés cent vingt ans avant la guerre des Juifs, et qui, sans doute, avaient été remplacés depuis. Le temple fut détruit l’an soixante-dix de J.-C. ; les tentatives de Julien pour le rétablir, et le fait rapporté par Ammien, coïncident avec l’an trois cent soixante-trois ; il s’était donc écoulé, entre ces deux époques, un intervalle d’environ trois cents ans, pendant lequel les souterrains obstrués par les décombres avaient