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assignée par Julien lui-même au savant et vertueux Alypius[1]. Une justice rigoureuse et une mâle fermeté tempéraient l’humanité d’Alypius ; et, tandis qu’il exerçait ses talens dans l’administration de la Bretagne, il imitait dans ses compositions poétiques la douceur et l’harmonie des odes de Sapho. Ce ministre, à qui Julien communiquait sans réserve ses fantaisies les plus légères et ses desseins les plus graves, fut chargé de rebâtir le temple de Jérusalem et de lui rendre sa beauté primitive. Alypius demanda et obtint un ordre qui enjoignait au gouverneur de la Palestine de lui donner tous les secours possibles. Au signal donné par leur puissant libérateur, les Juifs accoururent de toutes les provinces de l’empire sur la montagne sainte, et leur triomphe insolent alarma et irrita les chrétiens qui se trouvaient à Jérusalem. Le désir de reconstruire le temple a toujours été, depuis sa destruction, la passion dominante des enfans d’Israël. Dans ce fortuné moment, les hommes oublièrent leur avarice et les femmes leur délicatesse. La vanité des riches se servit de bêches et de pioches d’argent, et on vit porter des décombres dans des manteaux de pourpre et de soie. Toutes les bourses s’ouvrirent ; chacun prit part à ces pieux travaux, et un peuple entier exécuta avec enthousiasme les ordres d’un grand monarque[2].

  1. Julien, epist. 29, 30. La Bléterie a négligé de traduire la seconde de ces épîtres.
  2. Voyez le zèle et l’impatience des Juifs dans saint Gré-