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Platon et des stoïciens qui enseignent unanimement qu’il y a des dieux ; que leur providence gouverne le monde ; que nous devons à leur bonté tous les avantages temporels, et qu’ils ont préparé à l’âme humaine un état futur de récompense ou de châtiment. » Le pontife couronné prêche ensuite, de la manière la plus persuasive, les devoirs de la bienveillance et de l’hospitalité ; il exhorte le clergé inférieur à recommander la pratique universelle de ces vertus, promet de donner aux prêtres indigens les secours du trésor public, et annonce la résolution d’établir dans toutes les villes des hôpitaux où les pauvres seront reçus sans distinction de pays et de religion. Julien voyait avec envie les règlemens sages et humains de l’Église ; il ne craint pas de déclarer qu’il veut priver les chrétiens des éloges et des avantages que leur a valu la pratique exclusive de la charité et de la bienfaisance[1]. Il aurait pu, dans les mêmes vues, adopter plusieurs institutions des chrétiens dont le succès faisait sentir l’importance. Mais s’il eût réalisé ces plans de réforme imaginaire, sa copie imparfaite et forcée aurait été moins utile au paganisme qu’hono-

  1. Il insinue toutefois que les chrétiens, sous le masque de la charité, enlevaient des enfans à la religion et aux familles païennes ; qu’ils les conduisaient à bord d’un vaisseau, et qu’après les avoir transportés dans un pays lointain, ils les dévouaient à la pauvreté ou à la servitude (p. 305). Si ce délit était prouvé, il devait non pas en faire la matière d’une vaine plainte, mais celle d’un châtiment.