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magistrats. Loin de chercher à maintenir le pompeux appareil d’un monarque distingué par l’éclat de la pourpre et entouré des boucliers d’or de ses gardes, il sollicitait avec une ardeur respectueuse les moindres offices du culte des dieux. Au milieu de cette foule sacrée, mais licencieuse, des prêtres, des ministres inférieurs, et des danseuses dévouées au service du temple, l’empereur se chargeait d’apporter le bois, d’allumer le feu, d’égorger la victime, de plonger ses mains sanglantes dans les entrailles de l’animal, d’en tirer le cœur ou le foie, et d’y lire avec toute l’habileté d’un aruspice les présages imaginaires des événemens futurs. Parmi les païens mêmes, les hommes sages blâmaient une superstition extravagante qui affectait de mépriser les lois de la prudence et celles de la bienséance. Sous le règne d’un prince qui pratiquait rigoureusement les maximes de l’économie, les dépenses du culte religieux consumaient une grande partie du revenu public. Les climats les plus éloignés envoyaient sans cesse des oiseaux rares qu’on immolait sur les autels des dieux. Souvent on vit Julien sacrifier cent bœufs en un même jour et sur un seul de ces autels, et c’était une plaisanterie populaire que s’il revenait triomphant de la guerre de Perse, il éteindrait la race des bêtes à cornes. Ces frais eux-mêmes paraîtront peu considérables, si on les rapproche des magnifiques présens qu’il offrit de sa main ou qu’il adressa à tous les lieux de dévotion célèbres dans l’Empire romain, ou des sommes employées à la