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qui aurait dû toujours être sacrée, que s’ils voulaient se rendre à Chalcédoine, il irait lui-même écouter et juger leurs demandes ; mais à peine furent-ils arrivés au rendez-vous, que Julien publia une défense absolue à tous les mariniers de transporter aucun Égyptien à Constantinople, et laissa en Asie ses cliens trompés, jusqu’au moment où leur bourse et leur patience étant également épuisées, ils retournèrent dans leur patrie avec des murmures d’indignation[1].

Clémence de Julien.

Julien congédia la nombreuse armée d’espions, d’agens et de délateurs que Constance avait enrôlés pour assurer le repos d’un seul homme, aux dépens de celui de tous les citoyens de l’empire. Son généreux successeur était lent dans ses soupçons, et modéré dans ses punitions ; un mélange de jugement, de courage et de vanité, portait Julien à dédaigner les traîtres. Intérieurement convaincu de la supériorité de son propre mérite, il n’imaginait pas qu’aucun de ses sujets osât se soulever ouvertement contre lui, attenter à sa vie en particulier, ni même s’asseoir sur son trône en son absence. Le philosophe savait excuser les imprudentes saillies du mécontentement, et le héros méprisait des projets ambitieux qui surpassaient la fortune et l’habileté des conspirateurs. Un citoyen de la ville d’Ancyre s’était

  1. Voy. Amm., XXII, 6 ; et Val., ad. loc. ; le Code Théod., l. II, tit. 39, leg. I, et le Comm. de God., t. I, p. 218, ad loc.