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avec frayeur d’une des pensées de Platon[1]. Ce philosophe observe que le soin de notre bétail et de nos troupeaux est confié à des êtres qui leur sont supérieurs en intelligence, et que le gouvernement des hommes et des nations exigerait l’intelligence et le pouvoir célestes des dieux et des génies. En partant de ce principe, il conclut que l’homme qui a l’ambition de régner doit aspirer à une perfection plus que humaine, qu’il doit purifier son âme de toute la partie terrestre et mortelle, éteindre ses appétits, cultiver son intelligence, régler ses passions, et dompter la brute sauvage qui, selon la vive expression d’Aristote[2], manque rarement de monter sur le trône du despote. Celui de Julien, auquel la mort de Constance venait de donner une base solide et indépendante, fut le siége de la raison, de la vertu et peut-être de la vanité. Ce prince méprisa les honneurs, renonça aux plaisirs, et remplit avec la plus grande exactitude tous les devoirs d’un souverain. Il se serait trouvé peu d’hommes parmi ses sujets qui eussent consenti à le décharger du poids

  1. Julien à Thémistius, p. 258. Pétau (not., p. 95) observe que ce passage est tiré du quatrième livre De legibus ; mais ou Julien citait de mémoire, ou ses MSS. étaient différens des nôtres. Xénophon commence la Cyropédie par une réflexion semblable.
  2. Ο δε ανθρωπον κελευων αρχεν, προςιθηςι και θηριον. (Arist., ap Julian., p. 261.) Le MS. de Vossius, peu satisfait d’un seul animal, y supplée par l’expression plus forte de θηρια, et semble être autorisé par l’expérience du despotisme.