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[Julien fait son entrée dans Constantinople. 11 déc.]il fit son entrée triomphale au milieu des soldats et du sénat. Une multitude innombrable l’environnait avec un respect avide, et fut peut-être désagréablement surprise de la petite taille et du costume simple d’un jeune héros, dont les premiers exploits avaient été la défaite des Germains, et qui venait de traverser, dans une expédition heureuse, tout le continent de l’Europe depuis les bords de la mer Atlantique jusqu’à ceux du Bosphore[1]. Peu de jours après, lorsqu’on débarqua les restes de Constance dans le port, les sujets de Julien applaudirent à la sensibilité réelle ou affectée de leur souverain. À pied, sans diadème, et vêtu d’un habit de deuil, il accompagna le convoi jusqu’à l’église des Saints-Apôtres, où le corps fut déposé ; et si cette démarche respectueuse peut être regardée comme un hommage rendu par la vanité au rang et à la naissance de son prédécesseur et de son parent, les larmes de Julien montrèrent à l’univers qu’oubliant les crimes de Constance, il se rappelait seulement les faveurs qu’il en avait reçues[2]. Dès que les légions d’Aquilée apprirent

  1. Dans la description du triomphe de Julien, Ammien (XXII, 1, 2) prend le ton de l’orateur et du poète, tandis que Libanius (orat. parental., c. 56, p. 281) se renferme dans la grave simplicité de l’historien.
  2. On trouve la description de la pompe funèbre de Constance dans Amm. XXI, 16 ; saint Grégoire de Nazianze, orat. 4, p. 119 ; Mamertin, in Paneg. vet. 11, 27 ; Liban., orat. parent., c. 56, p. 283 ; Philostorg., l. VI, c. 6, avec les Dissertations de Godefroy, p. 265. Ces écrivains et leurs