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abus de sa puissance en avait fait un objet redoutable aux yeux de ses contemporains ; mais comme le mérite personnel a seul le droit d’intéresser la postérité, nous nous bornerons à remarquer que le dernier des fils de Constantin hérita de tous les défauts de son père sans aucun de ses talens. On dit qu’avant de mourir il nomma Julien pour son successeur ; et il paraîtrait assez probable que son inquiétude pour une jeune épouse qu’il aimait tendrement, et qu’il laissait enceinte, l’eût emporté dans les derniers momens de sa vie sur des sentimens de haine et de vengeance. Eusèbe et ses coupables associés firent une faible tentative pour prolonger le règne des eunuques par l’élection d’un autre empereur ; mais leurs intrigues furent rejetées avec dédain par une armée à qui toute idée de guerre civile était devenue odieuse. Deux des officiers principaux partirent sur-le-champ pour assurer Julien que tous les soldats de l’empire étaient prêts à marcher sous ses drapeaux. Cet heureux événement rendit inutiles les dispositions militaires du prince, et prévint trois différentes attaques qu’il dirigeait contre la Thrace ; sans verser le sang de ses concitoyens, sans courir le hasard des combats, il obtint tous les avantages d’une victoire complète. Impatient de visiter le lieu de sa naissance et la nouvelle capitale de l’empire, il s’avança de Naissus à travers les montagnes d’Hœmus et les villes de la Thrace. Quand il eut atteint Héraclée, à soixante milles de Constantinople, la ville entière sembla sortir des murs pour le recevoir, et