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camp d’Hiérapolis, il ne fit mention que très-légèrement du crime et de l’imprudence de Julien, et assura ses soldats que si les mutins de la Gaule avaient l’audace de paraître devant eux en plaine, ils ne supporteraient pas le feu de leurs yeux, et seraient renversés du bruit seul de leurs cris de guerre. L’armée d’Orient applaudit au discours de l’empereur ; et Théodote, président du conseil d’Hiérapolis, demanda avec des larmes d’adulation que la tête du rebelle Julien devînt un des ornemens de sa ville[1]. Un détachement choisi partit dans des chariots de poste pour occuper, s’il en était temps encore, le passage de Succi. Les recrues, les chevaux, les armes et les magasins destinés pour les frontières de la Perse, furent employés contre les Gaulois ; et le succès que Constance avait eu dans toutes les guerres civiles, laissa ses courtisans sans inquiétude. Un magistrat nommé Gaudentius s’étant assuré des provinces d’Afrique au nom de Constance, arrêta les approvisionnemens destinés pour Rome, et cette ville manqua de subsistances. L’embarras de Julien fut encore augmenté par un événement imprévu qui aurait pu avoir les suites les plus funestes. Deux légions et une cohorte d’archers, cantonnées auprès de Sirmium, s’étaient enrôlées sous ses dra-

  1. Voyez la harangue et les préparatifs dans Ammien, XXI, 13. Le lâche Théodote implora dans la suite et oblint son pardon de la clémence du vainqueur, qui déclara qu’il voulait diminuer le nombre de ses ennemis, et augmenter celui de ses amis, XXII, 14.