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un suppliant. » Convaincu que le succès pouvait seul justifier son entreprise, et que le succès dépendait de son audace, Julien attaqua immédiatement, à la tête de trois mille soldats, la ville la plus forte et la plus peuplée de la province d’Illyrie. Lorsqu’il traversa le long faubourg de Sirmium, le peuple et les soldats le reçurent avec des cris de joie ; ils le couronnèrent de fleurs, le conduisirent avec des torches allumées jusqu’au palais impérial, et le reconnurent pour leur souverain. L’empereur se livra pendant deux jours à la joie publique manifestée par les jeux du cirque. Mais le troisième jour il partit de grand matin pour s’emparer du passage étroit de Succi, dans les défilés du mont Hœmus, qui, situé à une distance à peu près égale de Sirmium et de Constantinople, sépare les provinces de la Thrace et de la Dacie, et présentant du côté de la première une descente escarpée, se termine, du côté de l’autre, par une pente douce et facile[1]. La défense de ce poste important fut confiée au brave Nevitta, qui, ainsi que les autres généraux de la division italienne, avait exécuté avec succès la marche et la

  1. La description d’Ammien, qui pourrait être appuyée de plusieurs témoignages, donne la situation précise des Angustiæ Succorum, ou défilés de Succi. M. d’Anville, d’après une légère ressemblance de noms, les a placés entre Sardica et Naissus. Pour ma propre justification, je suis obligé de relever la seule erreur que j’aie jamais aperçue dans les cartes et les écrits de cet admirable géographe.