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Gaules, et en avoir ajouté de nouvelles, il se flatta que les Germains seraient contenus, pendant son absence, par le souvenir de ses victoires et par la terreur de son nom. Vadomair[1] était le seul prince des Allemands qui méritât l’estime de Julien, et qui pût lui donner de l’inquiétude. Tandis que le rusé Barbare feignait d’observer fidèlement les traités, le progrès de ses opérations militaires menaçait d’une guerre dont les circonstances augmentaient le danger. Dans cette situation critique, Julien ne dédaigna point d’imiter la conduite de son ennemi. Au milieu d’une fête où Vadomair s’était rendu imprudemment comme ami, sur l’invitation des gouverneurs romains, il fut saisi et envoyé prisonnier dans le fond de l’Espagne. Sans attendre que les Barbares sortissent de leur étonnement, l’empereur parut sur les bords du Rhin à la tête de son armée, et après l’avoir traversé, il renouvela dans leur pays l’impression de terreur et de respect qu’il y avait répandue par ses quatre expéditions précédentes[2].

Le traité est rejeté, et la guerre déclarée.

Julien avait ordonné à ses ambassadeurs d’exécuter leur commission avec la plus grande diligence. Mais les gouverneurs d’Italie et d’Illyrie inventèrent différens prétextes pour retarder leur marche. On

  1. Vadomair entra au service des Romains, et d’un roi barbare ils firent un duc de Phénicie. Vadomair conserva toujours la duplicité de son caractère (Voyez Ammien, XXI, 4) ; mais sous le règne de Valens, il signala sa valeur dans la guerre d’Arménie.
  2. Ammien, XX, 10 ; XXI, 3, 4 ; Zosime, l. III, p. 155.