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troupes qui étaient aux environs de Milan parurent sous les armes ; Constance monta sur son tribunal, tenant par la main son cousin Julien, qui accomplissait ce jour-là sa vingt-cinquième année[1]. Dans un discours préparé, dont le style noble était soutenu par la dignité du débit, l’empereur représenta les différens dangers qui menaçaient la prospérité de la république, la nécessité de nommer un César pour gouverner et défendre l’Occident, et son intention de récompenser par la pourpre, s’ils y consentaient, les vertus qu’annonçait le neveu de Constantin. Les soldats témoignèrent leur approbation par un murmure respectueux : ils contemplèrent l’air mâle de Julien, et ils virent avec plaisir le feu de ses yeux tempéré par la modeste rougeur qui s’élevait sur son front, offert pour la première fois aux regards du monde. Dès que la cérémonie de son investiture fut terminée, Constance s’adressant à lui du ton d’autorité que son âge et son rang lui permettaient de prendre, exhorta le nouveau César à mériter, par des exploits héroïques, ce nom immortel et sacré, et lui donna les plus fortes assurances d’une amitié à laquelle ni le temps ni l’éloignement ne porteraient jamais atteinte. [Julien est nommé César. A. D. 355, 6 nov.]Après ce discours, les soldats frappèrent de leurs boucliers sur leurs genoux, en signe d’applaudissemens[2], et les offi-

  1. Voyez Ammien-Marcellin, l. XV, c. 8 ; Zosime, l. III, p. 139 ; Aurel.-Victor ; Victor le jeune, in Epitom. ; Eutr., X, 14.
  2. Militares omnes horrendo fragore scuta genibus illi-