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manifeste, l’ordre de se soumettre à la volonté des dieux et aux désirs de l’armée. Une conduite qui ne peut être jugée par les maximes ordinaires de la raison excite nos soupçons, et échappe à nos recherches. Quand l’esprit du fanatisme, à la fois si crédule et si artificieux, s’est introduit dans une âme généreuse, il y détruit insensiblement le germe de la vérité et de toutes les vertus.

Son ambassade à Constantinople.

Le nouvel empereur employa les premiers jours de son règne à modérer le zèle de son parti, à sauver la vie à ses ennemis[1], et à déconcerter, en les méprisant, les entreprises formées contre sa personne et son pouvoir. Quoique déterminé à conserver le titre qu’il venait de prendre, il aurait voulu éviter au pays qu’il gouvernait, les calamités d’une guerre civile, ne pas se commettre contre les forces supérieures de Constance, et conserver une réputation exempte du reproche d’ingratitude et de perfidie. Décoré des ornemens impériaux et environné d’une pompe militaire, il se montra dans le champ de Mars aux soldats, qui contemplèrent avec enthousiasme, dans leur empereur, leur élève, leur général et leur ami. Il récapitula leurs victoires, se montra sensible à leurs peines, enflamma leurs espérances, contint leur impétuosité, et ne rompit l’assemblée qu’après leur avoir fait solennellement promettre, si l’empe-

  1. Tacite (Hist. I, 80-85) peint éloquemment la situation dangereuse du prince d’une armée rebelle ; mais Othon était plus coupable et moins habile que Julien.