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la circulation d’un libelle qui peignait des plus vives couleurs la disgrâce du César, les malheurs de l’armée et les vices méprisables du tyran de l’Asie. Le progrès de cette rumeur frappa de crainte et d’étonnement les messagers de Constance. Ils pressèrent le prince de hâter le départ de l’armée ; mais ils rejetèrent imprudemment l’avis plein de sagesse et de loyauté que leur donna Julien de ne pas faire passer les troupes par la ville de Paris, en leur faisant pressentir l’inconvénient de les exposer à la tentation que pourrait leur faire naître une dernière entrevue avec leur général.

Julien est proclamé empereur.

Aussitôt qu’on annonça l’arrivée des légions, Julien alla au-devant d’elles, et monta sur un tribunal qu’il avait fait élever devant les portes de la ville. Après avoir donné des louanges particulières aux officiers et aux soldats qui méritaient cette distinction, Julien s’adressa, dans un discours soigné, à la généralité des troupes qui l’environnaient. Il vanta leurs exploits avec reconnaissance ; les exhorta à accepter l’honneur de servir sous les yeux d’un monarque puissant et généreux, et les avertit qu’ils devaient aux ordres d’Auguste une obéissance prompte et volontaire. Les soldats ne voulant ni offenser leur général par des clameurs indécentes, ni démentir leurs sentimens par des acclamations fausses et mercenaires, gardèrent un morne silence, et, quelques instans après, furent renvoyés dans leurs quartiers. Julien traita les principaux officiers, et leur témoigna, dans les termes de la plus vive affection, le chagrin