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gloire, et même pour sa vertu. Toute sa confiance était dans la persuasion que Minerve dirigeait sans cesse sa conduite, et qu’il était sous la protection immédiate d’une légion d’anges invisibles, que cette déesse avait empruntée pour lui au soleil et à la lune. Il n’approcha qu’avec horreur du palais de Milan ; jeune et sincère, il ne put cacher son indignation quand il reçut les respects perfides et serviles des assassins de sa famille. Eusebia était enchantée d’avoir réussi, dans ses bienveillans projets. L’embrassant avec la tendresse d’une sœur, elle tâcha, par les caresses les plus flatteuses, de bannir ses craintes et de le réconcilier avec sa fortune. Mais la cérémonie de lui raser sa longue barbe, et son maintien emprunté quand il fallut troquer le manteau d’un philosophe grec pour l’habit militaire d’un prince romain, amusèrent pendant quelques jours la légèreté de la cour impériale[1].

Les empereurs du siècle de Constantin ne daignaient plus consulter le sénat sur le choix d’un collègue ; mais ils avaient soin de faire ratifier leur nomination par le consentement de l’armée. Dans cette occasion solennelle, les gardes et toutes les

    fait connaître leur volonté par des visions et des présages. Sa piété lui défendit alors de leur résister.

  1. Julien représente lui-même (p. 274) d’une manière assez plaisante, les circonstances de cette métamorphose, ses regards baissés, et son maintien embarrassé, lorsqu’il se trouva transporté dans un monde nouveau, où tout lui paraissait étrange et dangereux.