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particulier, et peut-être vis-à-vis de lui-même, l’empereur déguisait, sous l’apparence d’une crainte moins odieuse que ses sentimens réels, l’envie et la haine qu’avaient imprimées dans son cœur ces vertus de Julien qu’il ne savait pas imiter.

Les légions de la Gaule sont rappelées dans les provinces orientales de l’empire. A. D. 360. Avril.

La tranquillité apparente des Gaules et les dangers qui menaçaient les provinces de l’Orient, offraient aux ministres impériaux un prétexte spécieux pour exécuter le dessein qu’ils avaient adroitement concerté. Ils résolurent de désarmer le César, de lui enlever les troupes fidèles, sûreté de sa personne et soutien de sa dignité, et d’employer dans une guerre éloignée contre le roi de Perse les intrépides vétérans qui venaient de dompter, sur les bords du Rhin, les plus belliqueuses nations de la Germanie. Tandis que Julien, dans ses quartiers d’hiver à Paris, dévouait ses heures laborieuses à l’administration du pouvoir, qui était pour lui l’exercice du bien, il vit avec étonnement arriver en toute diligence un tribun et un secrétaire impérial, chargés d’ordres positifs de l’empereur qui lui défendait de s’opposer à ce qu’ils exécutassent la commission dont ils étaient spécialement chargés. Quatre légions entières, les Celtes, les Hérules, les Pétulans et les Bataves, devaient immédiatement quitter les drapeaux de Julien, sous lesquels ils avaient marché à la gloire et s’étaient formés à la discipline, et on faisait dans toutes les autres un choix de trois cents des plus jeunes et des plus vigoureux soldats. Ce nombreux détachement, la force de l’armée des Gaules, était